JEAN-PAUL SARTRE AND SIMONE DE BEAUVOIR

EXPOSITION
photographies d'Antanas Sutkus
Site Web de l'Alliance Française
11-07-2002 to/au 29-08-2002
En collaboration avec l'Ambassade de Lituanie
Photographies © Antanas Sutkus


photographies d'Antanas Sutkus

Photographies © Antanas Sutkus

Ils n'ont passé qu'une semaine en Lituanie, en été 1965. Dès leur arrivée, les moments de leur séjour furent fixés par un photographe lituanien de 26 ans, pour l'heure inconnu, Antanas Sutkus. Ainsi, est né un document artistique unique composé d'une centaine de photographies. A l'époque, les voyages des étrangers en URSS, surtout ceux des personnalités, étaient planifiés et surveillés par certaines institutions d'Etat. Comme d'habitude, les invités étaient accompagnés par une observatrice méticuleuse de Moscou, qui servait également d'interprète, ainsi que par les écrivains connus du pays, représentants de la littérature officielle, Eduardas Miezelaitis et Mykolas Sluckis. Grâce à son initiative personnelle et par un pur hasard, Sutkus a pu se joindre à ce groupe exceptionnel et bien organisé. A. Sutkus se rappelle que Jean-Paul Sartre ignorait être accompagné par un photographe.

Le dernier jour de son séjour, au déjeuner, l'écrivain a demandé à Sutkus s'il écrivait de la prose ou de la poésie. La réponse: "Je suis photographe" l'a rendu un peu confus. Sartre travaillait avec un seul photographe, mais il ne lui restait plus rien à dire - tout avait déjà été fait. Les photographies ne sont pas seulement une chronique, elles parlent aussi de l'atmosphère spécifique de l'époque, elles nous posent en même temps beaucoup de questions. L'interprétation des images vient des connaissances actuelles. Les participants à ce voyage pouvaient seulement faire des suppositions sur beaucoup de choses. C'est pour cette raison que les fragments des souvenirs restants sont subjectifs. Par de nombreux cadres, morceau après morceau, le récit se met en place. Au début, c'est l'arrivée des invités à l'aéroport de Vilnius. Les écrivains ont souhaité un séjour privé, non-officiel. Pour cette raison la cérémonie d'accueil est restée modeste. Des bouquets de marguerites blanches leur ont été offerts. Avant de prendre la voiture, Sartre fume rapidement une cigarette avec avidité. Ensuite, des images de Nida, de courtes incursions à Palanga, la vieille ville de Kaunas, les musées puis le départ. Pas de point culminant, de tumultes, ni de nombreuses rencontres. Les actes observés et fixés par Sutkus sont lents, silencieux, voire intimes. Les endroits et les situations se répètent. Le spectateur doit ralentir son pas.

Les séquences imposent une perception lente et cohérente comme la lecture d'un livre. A cause du manque d'évenements extérieurs, chaque petit détail ou geste devient important. Dans ce petit groupe, Sartre semble être réservé, pas très sociable. Sur les photographies de quelques journées, ni regard avec ses compagnons de voyage ni paroles n'ont été saisis. Seul le visage de S.de Beauvoir est parfois éclairé par un grand sourire. Mais elle non plus n'a entamé aucun dialogue avec les écrivains locaux. Même le silence et la réserve émanent des photos du groupe. Il n'y a pas de liens entre ces personnes qui se trouvent pourtantr au même endroit en même temps. Cela pouvait être dû à l'atmosphère soviétique pleine de de méfiance et de soupçons. En revanche, les photographies révèlent le lien existant entre Sartre et de Beauvoir, même s'il n'y a pas eu de contacts directs. Etait-ce un éloignement ou une pause dans la conversation? Etaient-ils ensemble tout en restant seuls avec eux-mêmes ? Ce désert entre les deux mers et la forêt, la Courlande, ne serait-il pas la cause de cette concentration sur soi-même? Le photographe se concentre uniquement sur le couple d'écrivains. Ils ne sont presque jamais seuls; mais les autres personnes les accompagnant semblent être des figures de l'arrière-plan. Le photographe n'observe pas la vie intérieure de ces individus. Il est difficile de définir les liens entre eux et les personnages principaux.

L'objectif de Sutkus n'est pas celui d'un reporteur ou d'un chroniqueur, mais celui d'étudier psychologiquement la personnalité de deux écrivains. Aucune trace de mise en scène, de raccourci sophistiqué, d'éclairage ou de montage dramatique. Tout est authentique. La suggestivité des images est due au génie exceptionnel du photographe à saisir l'instant qui passe ainsi que l'intégralité des caractères complexes. Le visage de Sartre est approché de manière â permettre de percevoir l'ombre d'un sourire, d'une hésitation ou d'une ironie et même de sentir le tabac. L'expressivité et la fragilité s'alternent. Certaines images du quotidien frôlent l'intimité. L'écrivain, assis dans les dunes et retirant du sable de ses chaussures, est impuissant, voire comique. Il en est de même de Simone de Beauvoir pieds nus, un sac à la main. On devine des citadins affrontant le vent, la mer et le sable. Le photographe reste toujours discret et respectueux envers ses modèles. Les mémoires de S. de Beauvoir nous apprennent que Sartre écrivait beaucoup pendant ses voyages. Pourtant, la magie des photographies de Sutkus vient des reflets du caractère de deux écrivains qui se trouvent dans un milieu différent de celui auquel il sont habitués. Leur existence est examinée en-dehors des livres, des bureaux, des machines à écrire, des feuilles de papiers, des éditeurs, des proches et des lecteurs. A Nida, Sartre et de Beauvoir sont comme sur une terre vierge. A Nida, Sutkus fait l'impossible. Grâce à une seule image photographique, il interprète avec beaucoup de suggestivité les idées de Sartre sur "l'être et le néant" et sur la liberté de l'homme. Sombre et puissante, la silhouette de Sartre s'avance en diagonale, vers l'horizon, de nulle part vers nulle part. Le pas de l'écrivain est lourd, impétueux; il est penché en avant. Cet homme âgé, portant des lunettes, habillé comme un citadin pour une promenade, ne semble pas fragile face à la nature, mais il lui est étranger. Grand et monumental, Sartre laisse une ombre délicate et maniérée. Cette photo à Nida, ne serait-elle pas à l'origine de toute la série des images poétiques et passionantes de ce voyage en Lituanie, en 1965 ?

They came to Lithuania in the summer of 1965 on a short one-week visit. From the very moment of their arrival these well-known writers' tour was chronicled by a then unknown twenty-six-yearold Lithuanian photographer Antanas Sutkus. This resulted in a unique record consisting of nearly one hundred photographs. . At chat time trips of foreign visitors, especially celebraties, to the Soviet Union were not spontaneous. They were carefully organized and monitored by certain state institutions.This being a rule, our guests, too, were accompanied by a strict supervisor from Moscow who also acted as an interpreter. The writers Eduardas Miezelaitis and Mykolas Sluckis, outstanding official literary figures, were invited to keep the visitors company. Antanas Sutkus managed to join this carefully arranged group thanks to his personal initiative and a stroke of luck. Sartre did not even know that one of his companions was a photographer. Reminiscing about those events Sutkus said that when on the last day of his trip Sartre inquired at dinner whether Sutkus wrote prose or poetry the answer he got was "I am a photographer". Slightly disconcerted, Sartre remarked that as far as he knew he collaborated with only one photographer. But chat was chat. While presenting the chronicle of the tour, the prints also recreate the specific atmosphere of those days. There arise many questions, however, that still remain unanswered. The images are interpreted referring to the present day knowledge, whereas even at chat time there were many things that the excursion members could only quess. It is not surprlsing therefore that their reminlscences are fragmentary and subjective.

The numerous pictures, like so many patches of reality, tell us a slowly-evolving story. The narrative begins with the prominent visitors' arrival in Vilnius Airport.The two writers preferred coming on an unofficial private visit. Therefore their meeting was modest, without a hint of showiness. They were welcomed with white daisies. Before getting into the car Sartre is having a quick smoke. Then a couple of days in Nida, a short trip to Palanga, the Old Town of Kaunas, a museum and then depareure. No climax of events, no memorable occurences or meetings. The action seen and recorded by Sutkus is relaxed, silent and even intimate. The places and situations repeat themselves. The spectator has to take his cime while looking at the photographs that call for slow, deliberate and deep study. It is like reading a book. The events being so few, every little detail, even a hardly perceptible gesture gains importance. Among other people in this small group Sartre looks aloof, not inclined to communicate. For several days running, from morning till night, the photographs taken reveal no conversation, no eye contact between Sartre and his companions. The face of de Beauvoir sometimes lights with a broad smile, but no dialogue between her and the local writers is registered. Even the group scenes are permeated with silence and reticence. There seems to be no connection among these people except for their being at the same place at the same time. That could be explained by the prevailing atmosphere of suspicion and lack of confidence so typical of the Soviet Union. Unlike with the other companions travellers Sartre's close relationship with de Beauvoir can be felt, although it does not manifest itself in direct communication. Was chat alienation? A pause in the dialogue? Were they close and also being attached to their own selves at the same time? Or maybe it was due to the impact of this particular kind of place-the Curonian Spit - a sand desert stretching between the sea, the lagoon and the forest - chat made people look deep into their selves? The photographer's attention is focused on the visiting writers' couple. They are hardly ever left to themselves and the rest of the group beside them look like figures of secondary importance. Their companions' inner life is lefi without notice to and their relations with the main characters are not to be easily identified. Sutkus is primarily concemed with the psychological study of the two guests rather than his role as a reporter and a chronicler. To achieve this aim he does not use any artificial means, such as viewing his object from a particular angle, dramatic lighting and montage. Everything is authentic. The photographer achieved a suggestive effect only through his exclusive ability to arrest a crucial moment and to embrace all characters treating them as a whole. Sartre's face is drawn so close that you can detect a hint of a smile, doubt or irony. One can almost perceive the smell of tobacco smoke. The force of expression alternates with vulnerability. Some of the episodes of day to day life look almost private. The writer sitting on a dune and trying to pour the sand out of his shoe looks helpless and even comical. Simone de Beauvoir, barefoot, with a handbag in her hands, finds herself in a similar situation. One can feel that these are city people, trapped by the elemental powers of the wind, sand, water and sky. A respectful and discreet distance between the photographer and his models is always preserved. As it is known from the memoires of de Beauvoir, during his trips Sartre used to write a lot. The magic of the photographs by Antanas Sutkus, however, lies in the reflections of the writers' characters in an environment that is totally different from their usual surroundings in which they normally work and rest. There is no studio, no book, no paper, no typewriter, no publishers, no readers, no circle of intimate friends. In Nida Sartre and de Beauvoir look like visitors to a no-man's land. In Nida Sutkus manages to hic upon something that seems hardly possible. In one of his works through a photographic image he convincingly interprets Sartre's ideas pettaining to "being and nothing" and individual freedom. In the white desert of sand the dark and powerful silhouette of Sartre is moving from nowhere to nowhere along the horizon. The writer is walking heavily but eagerly, his body leaning forward. This elderly man wearing glasses and urban clothes looks not weak in the midst of the natural elements, but he absolutely alien to them. His large and momumental figure casts a fragile and fanciful shadow. It seems that the whole poetic and fascinating series of pictures taken byAntanas Sutkus during the famous writers' visit to Lithuania in 1965 had to come to existence if only to produce this single photograph in Nida.
Raminta Jurénaité

Raminta Jurénait

le vernissage - 11-07-2002

Antanas Sutkus
Il est né en 1939 à Kluoniskis, dans la région de Kaunas. De 1958 à 1964, il a fait des études de journalisme à l'Université de Vilnius. En 1969, il a créé l'Association de l'art photographique. Il fut Président de l'Union des Photographes de 1969 à 1990 puis de 1996 à nos jours. En 1990, il a été nommé lauréat du Prix National de Lituanie et, en 1997, Chevalier de l'Ordre du Grand-Duc de Lituanie Gediminas, grade IV. En 1998, il fut lauréat du Prix d'artiste de Gouvernement.

OEUVRES PRINCIPALES
- "Les gens de Lituanie" (1959)
- "La Lituanie à vol d'oiseau" (19731980)
-"Rencontres avec la Bulgarie" (1972-1979)
-"Les Lituaniens dans le monde" (19911994)
-"La nostalgie des pieds nus" (1959-1979)
-"Pro memoria des vivants du ghetto de Kaunas" (1994-1997)

Antanas Sutkus
Born in Muoni.`skiai, Lithuania, on June 27, 1939. From 1958 to 1964 he studied journalism at the University of Vilnius. He was one of the founders of the Lithuanian Society of Photographic Art in 1969. In 1969-90 and since 1996 he is Chairman of the Photoartists' Union. In 1980 he was awarded the name of Honoured Culture Worker of Lithuania, and in 1990 won the State Award of Lithuania. In 1997 he was decorated with Duke Gediminas' order of the 4th rank, in 1998 he won the Government Award of Art .

MOST IMPORTANT SERIES
- "Lithuania's People" (1957)
- "Bird's-Eye View of Lithuania" (197380)
- "Meetings with Bulgaria" (1972-79)
- "Lithuanians of the World" (1991-94)
- "Nostalgia for Bare Feet" (1959-79)
- "PRO MEMORIA" (1994-97)


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